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Écrit par Jamie Osborn

J’ai rencontré Moaeed à sa maison dans une banlieue calme de Genève. Il ne pouvait pas quitter sa maison pour me rencontrer car il devait surveiller ses deux enfants ainsi que sa femme qui était malade. Il m’a donc invité à venir prendre un café chez lui. Cela prouve à quel point la famille de Moaeed lui est importante. L’appartement était décoré avec gout et nous nous sommes assis dans des fauteuils confortables pendant que les enfants couraient autour de nous en jouant.

Nous étions loin de l’image stéréotypée du réfugié. « Je menais la grande vie en Syrie » m’a alors dit Moaeed. Dans sa septième année de carrière professionnelle en tant que manager de vol charter, il pouvait se permettre de vivre une vie prospère à Damas et l’avenir lui souriait. D’ailleurs il insiste qu’il n’«est pas parti [de Syrie] pour gagner plus d’argent » mais uniquement pour mettre sa famille en sécurité.

La femme de Moaeed est Suisse et en 2012 ils ont été contactés par l’ambassade Suisse en Syrie qui leur recommande alors de quitter le pays au plus vite. La situation sur place était sur le point de devenir bien pire. Tout citoyen Suisse devenait une cible pour les chasseurs de primes qui kidnappaient les étrangers pour par la suite demander une rançon conditionnelle à leur libération. L’oncle de la femme Moaeed a d’ailleurs été kidnappé peu de temps après leur départ.

Avec son expérience professionnelle et ses diplômes, le personnel de l’ambassade Suisse lui a assuré qu’il trouverait un emploi facilement ici. En effet, Moaeed était déjà familiarisé avec le marché de l’emploi Suisse puisqu’il avait eu l’occasion de représenter l’entreprise d’aviation pour laquelle il travaillait au salon de l’aviation EBACE de Genève. En venant vivre et travailler de façon permanente ici, il pensait savoir à quoi s’attendre.

Mais cinq ans plus tard et après avoir envoyé des centaines de candidatures, personne jusqu’à maintenant ne lui a offert un emploi en Suisse. Moaeed pense que cela pourrait être dû à sa nationalité. Il admet alors que s’il « dit cela c’est parce qu’il est désespéré ».  Il ne voulait pas croire que  les Syriens ne pourraient pas trouver de travail, mais il a reçu une pile de réponses d’entreprises qui n’avaient pas lu entièrement sa candidature. Il ne peut pas s’empêcher de penser que les employeurs considèrent qu’un réfugié Syrien serait instable, peu professionnel et un poids mort pour l’entreprise.

Le profil de Moaeed montre tout le contraire de ce cas. Malgré son anxiété quant au futur – et particulièrement ce que cela signifie pour sa famille –  il a parlé clairement,  en réfléchissant et dans un anglais excellent (autodidacte) lorsque nous nous sommes rencontrés. Il est à la fois calme et enthousiaste. « C’est sa passion » quand il parle de sa carrière dans l’aviation, mais il a aussi envoyé des candidatures dans des secteurs très différents. « Je suis prêt à travailler sur n’importe quel poste, peu importe leurs difficulté » dit-il avec une conviction saisissante.

Le sport l’aide à rester positif. Il admet que faire de l’exercice lui donne une montée d’adrénaline : c’est sa caféine. En Syrie il était un cavalier expert. Son énergie et son esprit entrepreneur sont deux de ses plus grands atouts et il insiste que malgré tous les problèmes et déceptions auxquels il a dû faire face, il restera positif. Ce qu’il désire le plus, c’est revenir à sa vie normale, la vie pour laquelle il a travaillé et qu’il a aimé. Il fera tout pour en arriver là – et son positivisme et sa détermination devrait suffire à donner de l’espoir à quiconque.

Profil – Moaeed
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